(IN)DÉPENDANCE SOUS KLEPTO (SUR)BÉANCE !

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(IN)DÉPENDANCE SOUS KLEPTO (SUR)BÉANCE !

« Ôte-toi de là que je m’y mette », « c’est mon tour de prendre ma part », c’est peut-être la véritable récolte du champ d’indépendance qu’on a héritée. C’est le corps abandonné d’un cœur lessivé par plus d’un demi siècle de traumatismes hérissés. Les plus viles de la cité continuent à grimper et les mulets à se faire grimper. C’est dans l’ordre des choses que celui qui n’a pas de personnalité soit alité, chosifié. Et ce n’est pas dans un bled où on a châtré le clito de l’intégrité que ceci est prêt de changer. La liberté n’a pas odeur de sainteté. Elle exhale l’infecte puanteur de la rébellion déployée. L’indépendance se croque exactement de la même crudité…

Cinquante-neuf ans de pauvreté sans la liberté. C’est plus que l’âge de raison pour se révolter. Plus d’un demi-siècle de couillonnade de la fatalité. Les poils du cul ont déjà fini d’insulter la puberté. Près de soixante ans à gigoter dans la précarité. Les duvets blancs se promènent à même la toison feutrée de nos intimités. Indépendance se danse au rythme des plus vilaines sonorités. Elle est dense de destins fouettés, de quotidiens flagellés, de visages décalqués, d’âmes à l’espoir chapardé par des kleptomanes sans cesse recyclés. Nous avons préféré la liberté dans la pauvreté. L’esclavage continue à être synonyme de servilité. Indépendance cha-cha qu’on avait chantonné a vinaigré, un, deux pas rances caca mal chié. Y a pas de doute que le populo s’est vu le fion salement démonté. Pas de croute pour ceux qui ont fait le serment de la fraternité, de la solidarité. C’est le sermon de l’individualité qui est perché dans le minaret éhonté. C’est lui hurle l’appel à la prière qui pisse à l’arrêt à la raie de notre soumise communauté…

Par ces temps d’une dépendance qui nous a été imposée, chacun cherche la meilleure offre de cul à cul-buter. Si nous sommes soumis par des poltrons sans aucune humanité, nous perpétuons à notre manière cette humiliation patentée. Nos combines égoïstes ont finalement eu raison de la Nation dont nos devanciers avaient rêvé. Le peu de tissu social qui nous a été légué a été fracassé sur l’autel de nos ambitions démesurées. Parce qu’au bout de ce compte mal conté, c’est cela la tragédie du peuple de Guinée. C’est de n’avoir jamais pu avoir la prospérité malgré sa soif de liberté. C’est d’avoir perdu son unité en côtoyant quotidiennement la pauvreté. C’est d’avoir espéré sans s’être donné les moyens de fixer son utopie dans le roc de la réalité. C’est d’avoir confié son destin à des individus qui l’ont dupé. C’est d’avoir ingurgité trop de préceptes théologiques qui l’ont ratatiné. C’est d’avoir pas de vraies couilles qui lui pendouillent entre les jambes coincées, mais à la place de petites noix tout aussi ramollies que la bouillie pour mémé. C’est d’avoir prêté le flanc à la fragilité, à autant de contrariétés et de débilités de ceux qui tiennent en haut juste par son unique volonté, sa seule obséquiosité. C’est cela la tragédie de ce peuple liquéfié. Et c’est dans ce fatalisme qui laisse toujours médusé que les gouvernants trouvent le moyen de s’installer, de couillonner, de se recycler pour qu’ici Sodome et Gomorrhe soit rejoué à perpétuité…

Cinquante-neuf ans de pauvreté sans la liberté. On cherche toujours à savoir dans quel endroit inatteignable elle s’est fourrée. Elle avait pourtant fière allure la traînée. Cette Guinée de 1958 qui avait craché au visage de De Gaulle le kakilambé. Elle avait fière allure la garce déterminée, qui avait décidé de renouer son pagne autour de son intimité. Elle avait dit ‘non’ aux assauts répétés de ce violeur de colon jamais rassasié. Putain, qu’elle l’avait interloqué ! Pendant que tous ces compères de tapineuses écartaient leurs dessous mille fois souillés, elle avait foutu une belle claque à l’effronté. Ah, qu’elle avait fière allure la dulcinée ! Seulement voilà ! Aussitôt les anciens violeurs dégagés que de nouveaux se sont engagés. Plus féroces que les premiers. Des enfants de la citadelle libérée. Violence incestueuse installée sur le corridor d’une mère abîmée par des fils dépravés. Engeance du diable délivré qui pisse de son orgueil détraqué dans sa mère aux cuisses écartelées, sous le regard éberlué de frères et sœurs résignés. Ils se succèdent dans l’antre écorché de l’hyménée, en vociférant des promesses mille fois ressassées et jamais respectées. La gourde effarouchée se laisse berner par ces fadaises mal ficelées. Jamais elle ne perçoit le piège dressé. Elle tombe dedans l’entrejambe exhibé, la touffe aux folies des vents déchaînés, livrée au premier beau parleur qui viendrait à pointer. Foutue gourgandine prête à se faire sauter par le premier client bardé de stupidités. Plus d’un demi-siècle que cela continue de durer. Il va bien falloir que le manège soit stoppé…

Cinquante-neuf ans de pauvreté sans la liberté. Il faut bien que cela soit répété, puisque c’est sur cette promesse creuse qu’on nous a vendu la révolution excitée, qui devait nous apporter la prospérité. On a bouffé de l’intello à Boiro à cause de cette saleté. On a pendu au pont à cause de cette saloperie mal teintée. On a exilé pour cette utopie ratée. Le temps a passé et on a repris les mêmes farces usitées et on a replanté. Trois régimes se sont succédés, les uns sur les autres calqués, avec une parenthèse militarisée. Finalement, cette putasse de Guinée n’aura pas l’amant qu’elle tant escompté. Son calvaire flirte avec l’éternité. Son puant passé crache son pus sur sa postérité. La terre ne s’est pour autant pas arrêtée de giogoter. Elle fait sa révolution sans se préoccuper d’une nénette qui a zappé la sienne sans une seule fois se retourner, pour essayer au moins de comprendre ce qui l’empêche de tourner en rond depuis tant d’années ; ou peut-être ce qui la fait tourner en rond sans aucune pitié. Si elle pouvait peut-être répondre à cette question hébétée, elle pourrait peut-être se débarrasser de son fardeau d’indépendance mal négociée. En attendant que ce jour nouveau puisse illuminer nos visages assombris par les douleurs répétées, les malheurs réputés, permettez que je ferme ma gueule et je dégage !

Soulay Thiâ’nguel        

 

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