J’AIME LA GUINÉE D’UN AMOUR QUI HAIT

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J’aime la Guinée. Je l’ai toujours aimée. Je l’ai toujours chantée. Je n’ai pas à en être fier comme certains n’arrêtent pas de le claironner. Je suis Guinéen sans lui avoir demandé, sans l’avoir quémandé. C’est ainsi et il peut en être autrement en toute honnêteté. Je n’ai jamais compris ceux qui disent qu’ils sont fiers d’être Guinéens chaque fois que l’occasion leur était donnée, même si on ne leur a rien demandé. On est Guinéen a-t-on besoin de le psalmodier ? Fier ou pas le choix ne nous a pas été donné. Ce n’est pas comme si le jour où on nous a donné notre première fessée on nous avait proposé de choisir entre le calme d’ailleurs et l’enfer de ce pays assassiné à peine né. Alors moi je propose à tous les faux patriotes illuminés d’arrêter de nous la jouer meilleur des amants mal aimés. Tous autant que nous sommes en Guinée, nous aimons ce bled déchiré. Il reste à savoir de quel amour bat notre cœur pour cette daronne écorchée. Parce qu’à y regarder de près, nos cœurs ne palpitent pas de la même fureur déchaînée. Mais tous nous aimons la Guinée. Par la fibre alliée qui nous a lié. Par le bonheur que nous avons du mal à rencontrer. Par les malheurs, les douleurs et les horreurs qui sont contre elle édifiée, nous aimons notre Guinée. Nous l’aimons cette terre écartelée, cette portion de Dieu qu’on a drapée des habits affreux de l’indignité. Nous l’aimons cette glaise tourmentée, écrasée sous les pieds d’enfants sans pitié, qui lui retournent l’estomac à en vomir tout son orgueil désarçonné. Nous l’aimons cette boue tournée et retournée par les pelleteuses d’une mécanique déchaînée qui l’a excavée jusque dans ses entrailles résignées. Pauvre terre asphyxiée par des convulsions renouvelées qui s’étirent sans atteindre tout horizon de félicité.

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J’aime la Guinée, comme je sais que vous l’aimez. Mais il y a quelque chose de haïssable, de détestable, de méprisable dans ce bled par Dieu abandonné. Comment peut-on être si malléable, si corvéable, si perméable à toutes les sortes d’imbécillité ? Quand est-ce qu’on finira par comprendre que le pouvoir absolu est entre les mains des gouvernés et que les gouvernants n’en sont que les éphémères mandatés ? Quand est-ce qu’on se rendra compte que les bêtises de nos auto-risées ne prospèrent que par notre souveraine volonté ? Quand est-ce que de cette léthargie et de cette docilité on décidera enfin de se réveiller ? N’aura-t-on donc jamais l’insolente dignité, la révolte aiguisée, la rébellion approuvée devant tant de foutaises éprouvées ? Quand est-ce qu’on finira par pisser à la raie de ceux qui font de nous les éternels esclaves qu’on peut indéfiniment assignés à la corvée, pendant qu’eux se délectent du vert comme du mûr de notre République par eux dépouillée ? Quand est-ce qu’aurons-nous le culot de tout stopper ? Dire qu’on refuse cette satanée frivolité de tous ces prostitués. Ils exhibent leurs dessous encrotés d’infidélités, intimité dépravée aux quatre vents exposée, prête à s’abandonner lascivement au premier organe dressé de notre fric dérobé. Quand est-ce que sortirons-nous de cette capitulation essoufflée, parce qu’elle-même est fatiguée, désolée de notre reddition jamais égalée. Ah Guinéen qu’est-ce que je t’aime d’un amour qui hait ! Lorsque tu fous la queue entre tes jambes lacérées et ensanglantées ! Qu’est-ce que je voudrais te foutre un uppercut pour t’envoyer valser, mordre la poussière latéritique séchée, cendres sanctifiées de nos aïeux qui versèrent leur sang pour te faire hériter d’un lopin si convoité !

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J’aime ce pays d’un amour nerveusement consommé. Ce pays qui laisse peinards tous les charognards insatiables se goinfrer de sa chair tronçonnée. Des phénix sous des cieux où pourtant jamais un pharaon n’a mis les pieds. Des vampires qui n’ont pas peur des rayons du soleil pour sucer le sang des innocents abandonnés dans la paume explosée d’un lépreux. Des vampires qui n’ont pas besoin d’attendre la nuit pour fabriquer d’autres zombis qui perpétuent leur goût de sang apuré. Ils ont fini par tout infecter. Notre terre est infestée de ces ombres indécentes qui toisent le soleil dans son incandescente intensité. Personne n’a encore trouvé le pieu béni qui mettra fin à leur résurrection qui se moque de toutes les divinités. Ils partent toute honte consumée, ils reviennent toute honte réhabilitée. Et nous, nous, nous regardons et subissons leur défécation décomposée. Nous sommes là flanqués sur un sol qui en a marre de nos lamentations disciplinées. Nous n’avons pas cœur à nous révolter. Nous n’avons corps à nous rebeller. Nous n’avons pas cœur et corps à gifler ces arnaqueurs à souhait, opportunistes de bas étage à volonté, violeurs des consciences aspirées, insolents suppôts de Satan qui nous jettent dans les feux de leur Géhenne apprêtée.

Comptons ces vieux démons ressuscités sur le dos du peuple étranglé, exténué. Nous serons là encore demain sans avoir fini de les nommer. Mais ils sont là tout autour de celui qui avait juré de tout changer. Sa révolution des mentalités s’est arrêtée aux portes de sa campagne ethnicisée. Quand on arrive au pouvoir par effraction, par accident, de façon inopinée, il ne faut pas s’attendre à ce qu’un miracle soit opéré. On a refilé un avion escamoté à un papy qui n’a jamais pédalé un vélo même d’un bambin efflanqué. Il ne faut pas s’y tromper. On était depuis le départ parti pour se crasher. Et ces anciens fossoyeurs de notre économie raclée, de notre démocratie mort-née, ils sont là les dents acérées, les langues pelées, prêtes à bondir sur la première fétide opportunité. Moi, je n’ai rien d’autres que mots pour choquer, pour électrocuter. Ces mots pour lesquels on a pour de vrai fermé ma gueule et dégagé, je me saisis de ces mots indisciplinés, pour leur crachouiller qu’aujourd’hui et demain, même loin, j’ouvre ma gueule et j’emmerde !

Soulay Thiâ’nguel 

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