MIKHINDE, dans le bain « panafricain »

0

Mikhindé est un homme de culture chanteur, musicien comédien et dramaturge. Il est surtout connu pour son mode vestimentaire, ses idées sur le panafricanisme et la religion.

Mikhindé, le blaze qu’il s’est choisi, est un mot soussou qui signifie « quelqu’un ». Quand un homme s’appelle comme ça, on se fait tout de suite une idée de qui il est. Il se fait appeler comme ça depuis plusieurs années, décidant de remettre en question le prénom que lui ont donné ses parents à sa naissance. Pourquoi ? Il refuse de nous le dire. Circulez, y a rien à zieuter ! Mais, Mikhindé estime qu’en portant ce prénom il fait la promotion d’une culture étrangère au détriment de la sienne. Le prénom Mikhindé lui est inspiré du fait que les gens le qualifient de différent, de voleur et même de fou quelque fois.  D’ailleurs il a introduit une demande administrative pour porter « légalement » ce blaze. Anga sangati ! Si t’es pas content, lui, il s’en bat les noix…

Connaissant son nom vous serez moins surpris quand vous saurez celui de sa fille. Elle s’appelle « Mikhiya » qui signifie « humanitude ». Il choisit ce néologisme car, selon lui, « humanisme » seulement ne saurait traduire exactement ce qu’il a envie de dire à travers le nom de sa fille.

Cet artiste slameur, comédien et dramaturge, a une conception toute particulière de la vie, complètement décalée du monde « normale » dans lequel il vit. Toute sa sape transpire l’Afrique. Cela tous les jours et de la tête aux pieds. « Ce que l’habillement est pour l’homme, c’est ce que l’art est pour la culture » nous dit Mikhindé.  Pantalons et t-Shirts locaux. Des chaussures faites en plastiques extraits de pneus de voitures d’où elles tirent leurs appellations de pneus. Ces chaussures lui sont très bénéfiques puisque tenez-vous bien, Mikhindé marche. Il a été en marche, bien avant Macron. Puisqu’il n’emprunte jamais de moyens de transport modernes. Marcher lui permet, cause-t-il, de connaitre les réalités dans les quartiers.  En même temps, il fait la promotion des produits locaux.  Cela lui permet d’être en cohésion avec sa culture. Cette cohésion, il la veut jusqu’à sa nourriture. Le tarot, l’igname et le tô sont les aliments prisés par le comédien. D’ailleurs, il n’hésite pas à interrompre notre entretien en entendant une vendeuse de tô s’égosiller « tôrii ! tôrii !». « Mâmaitii, mâmaitii ! », entendez « attends, attends ! » nous dit-il. Il se lève, va rincer une assiette et se sert de ce plat local pour son petit déjeuner.

Mikhindé est souvent assimilé à un panafricain. Cependant, lui ne se reconnait pas totalement dans tous les critères définissant le panafricanisme. Notre gugusse décalé pense que c’est maintenant que l’Afrique vit véritablement la colonisation.  Pour preuve, nous papotons encore dans la langue des autres. Entre deux phases d’ailleurs, Mikhindé n’hésite pas à nous balancer une phrase ou une expression complète en soussou. Ils pensent que les intellos aux binocles branlants ont une responsabilité dans le retard de l’Afrique. « On regarde la société avec les lunettes de l’occident.  Pour trouver des solutions aux problèmes, il faut confier le pouvoir à des paysans ».  Il va jusqu’à dire que les fêtes d’indépendance sont dangereuses pour l’Afrique. « Elles nous donnent l’impression d’être libres alors que c’est tout le contraire ».

Mikhindé n’a jamais voté et il ne votera pas si ce n’est pour élire un président de l’Afrique ou un roi, voire même un empereur.

Du point de la religion, Mikhindé est tout aussi bizarre. Il se dit monothéiste mais ne se reconnait dans aucune religion révélée. Il sait que Dieu existe et prie selon lui, mais à sa façon. Faire du bien par exemple ou prôner le l’amour et la paix est une forme de prière. Il pratique la religion de ses ancêtres et croit à la réincarnation à travers sa progéniture.

Mikhindé porte ces longs rastas depuis 2003. Il dit que ce sont les rastas qui sont venus à lui, car il n’a jamais pris son temps pour les rouler. Ils se sont faits par eux-mêmes. Mikhindé, peut continuer à fièrement sourire, parce qu’il est noblement décalé !

                                                                                                  Djami-latouuri

LAISSER UN COMMENTAIRE