Petit Tonton: le p’tit ponton du théâtre au conte

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Petit Tonton: le p’tit ponton du théâtre au conte
Moussa Doumbouya, alias Petit Tonton, est le conteur Kondébilika qui a rapporté au bled la médaille d’argent du concours de conte à la 8ème édition des jeux de la franco-faux-nus 2017 à Abidjan. Cependant, rencontré ce jeudi soir à son lieu de travail, le jeune comédien conteur n’a pas été très confiant en évoquant l’avenir du conte à Kondebilidougou. Nous avons bavardé avec le champ-pion national autour de ses débuts dans le conte et l’état de la culture à Kondébilidougou. C’est un jeune homme souriant et démesurément tendu comme un i, au corps émacié drapé d’une chemisette, qui est venu à notre rencontre. Le sourire qu’arborent ses lèvres en nous accueillant a fini par nous convaincre que c’est bien lui que venons rencontrer. Après un bref échange à la porte, nous nous sommes aussitôt installés dans la salle d’accueil. Et notre hôte d’aborder d’abord la frisson qui l’avait envahi après que la médaille d’argent lui a été décernée à Abidjan. « Ç’a été une grande satisfaction et de réconfort pour moi car je m’apprêtais à recevoir mon premier prix dans une compétition internationale. J’ai tout de suite senti que je faisais du bon boulot », s’est-il rappelé. Poursuivant, le jeune conteur est aussi revenu sur ses débuts dans le conte. « Depuis 2003, je fais de la comédie. C’est en voulant me perfectionner dans ce domaine que j’ai entrepris de faire le conte. Mais ç’a été d’abord une passion. J’allais conter dans des écoles. J’allais faire des contes au lycée français car le conte est inscrit dans leur programme de français. Avec les élèves, nous discutions du conte et de tous ses contours », a ressassé notre interlocuteur, ajoutant que le vieux conteur et humoriste Sara de Kankan, qui a trépassé il y a peu, a été pour lui une grande source d’inspiration.
Le conte est l’une des richesses du patrimoine culturel africaine en général et guinéen en particulier. Reste que, pour notre interlocuteur, le conte sous l’effet de la mondialisation, a perdu sa valeur à Kondébilidougou et dans beaucoup de contrées à Farafina. « Le conte a perdu sa valeur auprès du public africain et même en Guinée. Et cela contribue beaucoup à sa disparition rapide », s’est-il lamenté, soulignant que dans le temps, le conte servait à éduquer et à distraire. Pour lutter contre sa disparition dans le fay-bara, le champion national organise souvent avec le Centre Culturel Franco-guinéen, le Café des auteurs, un rendez-vous au cours desquels des textes sont mis en exergue.
A Kondébilidougou, la culture est l’un des domaines auxquels les kountiguis n’accordent pas grande importance, ou peut-être devrions nous dire, ils n’y pensent pas du tout. Néanmoins, de nouvelles pousses dans le domaine, comme Moussa Dombouya, fourmillent déjà de projets visant à sauver la culture de Kondébilidougou de sa descente aux enfers. Le jeune conteur et comédien, avec d’autres amis, sont entrain d’ériger une maison de la culture qui, selon lui, servira dans un proche avenir de lieu d’enregistrement et d’apprentissage de musique, de théâtre et de réalisation de film.
Pour conclure, notre interlocuteur a aussi fait part de sa tristesse suite à l’éboulement d’ordures sur des habitations à Dar-es-salam qui a ôté la vie à 09  kondebilikas. Et le conteur réfléchit déjà à un conte sur cet évènement malheureux. Sauf que nos kountiguis qui sont sourds ne prêteront jamais leurs oreilles à un conteur, surtout s’il n’est pas même foutu d’être un grand tonton…

 

                              Doussouba Yaya Sacko

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