SI JAMAIS J’AVAIS SU…

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Soulay Thiâ'nguel

Si jamais j’avais su, j’aurais demandé au Seigneur de mourir avant de naître, afin de voir ma vie défiler, pour décider par quel bout la prendre. Dites-moi que vous auriez fait comme moi. Si jamais j’avais su, je serais arrivé ici avant Sékou Touré, pour arrêter le temps, afin d’empêcher les âmes guinéennes de geindre. Rassurez-moi que vous auriez agi comme moi. Si jamais j’avais pu, Boiro ne serait pas né, pour que le camp qui porte son nom soit à l’abri des couleurs dont il s’est fait peindre. Je vous prie de me confirmer que vous auriez estimé cela juste comme moi. Si jamais j’avais su que le pont du 8 novembre saignait de tant d’innocences qui s’y sont fait pendre, j’aurais pas emprunté cet échangeur classé aux monuments à craindre. Dites, oh oui, dites-moi que vous me suivriez dans cet émoi. Si jamais j’avais pu être une fée qui avait pu contraindre, je me serais penché autrement au chevet du Général Konaté pour lui inspirer une transition vers une République qui a vocation à nous détendre, plutôt que nous tendre. Assurez-moi que vous auriez suivi ma voie.

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Si jamais j’avais été Lucifer aux côtés d’Alpha Condé, j’aurais cédé mes chuchotements à des anges plus paisibles, pour l’astreindre à un double quinquennat plus responsable, afin de mieux nous défendre. Je n’ai pas de doute que je vous aurais croisé sur cette voie. Si jamais j’avais pu choisir un pinceau pour notre professeur président, son arc-en-ciel serait d’une exubérance qui nous aurait tous cloué les mains aux corps et asséché toute envie de tout reprendre. Dites-moi, rassurez-moi, confirmez-moi que cette espérance habite aussi sous votre toit. Si jamais j’avais été un maître de la parole, j’aurais inoculé à nos leaders politiques des verbes gorgés de plus de silence que de logorrhées accoucheuses de cendres. Rappelez-moi qu’à ce titre nous sommes sur la même longueur d’onde vous et moi. Si jamais j’avais été un artiste, ou un intellectuel avisé, je me serais engagé sur la voie d’une revendication plus affichée et essayé de fructifier cette leçon à apprendre. Si jamais j’avais été le gouverneur d’une capitale qui de par toutes les saletés se fait ceindre, mes étoiles de Général se seraient salies hors de leur ceintre, afin que Conakry puisse se faire gaiement teindre. Si jamais j’avais pu être un suppôt de Satan, j’aurais exhorté le Diable à rentrer la queue, parce que les Guinéens sont fatigués de la tirer sans rien atteindre. Je sais qu’à ma place vous auriez fait ce choix. Si jamais j’avais été un ministre ou premier ministre dans un bled irrité, j’aurais trouvé de meilleure victime qu’une parole trompeuse à faire fondre, à fendre, à feindre, à éteindre, afin de mieux étreindre. Dites-moi qu’à cette campagne vous auriez eu foi. Si jamais j’avais été Président d’une République divisée, pour les oreilles de tous les enfants de ma famille alarmée, j’aurais eu des mots tendres, des belles comptines à l’infini que je n’aurais jamais accepté de restreindre. Si jamais j’avais su ou j’avais pu craindre… Si jamais j’avais été le commerçant qui avait pu toute sa républicaine camelote vendre, je renouvellerais perpétuellement mon stock que de toutes mes forces je serais prêt à défendre.

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Hélas, je ne suis que moi. Rien que moi. Petit moins que rien. Petit bavard abandonné à ses bavardages sans conséquences. Je ne suis que le clown déprimé, qui fourgue la came de son existence à des auditeurs et lecteurs pleurnichards privés d’abondance. Je ne suis que le chroniqueur fou allié, qui chatouille son ego par une musique traversée des plus assommantes assonances, si ce ne sont de vulgaires dissonances. Je ne suis que le fieffé rêveur perché à la cime brumeuse de nos utopies en déchéance. Je n’ai rien d’autre que mes phrases alambiquées, pour dire et hurler nos espérances. Personne n’est obligé d’écouter ou d’écourter mes divagations qui chantent notre désespérance, notre errance, notre déshérence. Surtout pas un pouvoir frappé de surdité chronique clouée dans la plus belle des décadences. Surtout pas une opposition engluée dans ses maladresses répétitives et ses macabres danses. Surtout pas une société civile démissionnaire qui abandonna son peuple sans lui offrir aucune alternative de renaissance. Surtout pas ces religieux qui ne jurent plus que par l’odeur des billets de banque pour jurer sur les dieux de la dépendance. Alors, je suis. Je regarde, ruminant nos malheurs et notre impuissance. Je suis l’insignifiant grognard dont les grognements n’atteignent que des citoyens frappés d’indolence, de fatale indulgence. Cette chronique matinale et nocturne est le rendez-vous des âmes en peine giflées de toutes parts par les dieux de l’incompétence. C’est le repaire des vies arnaquées, maquées, marquées du sceau de la violence de ceux qui nous gouvernent de mépris, d’insolence et d’arrogance. C’est le trou obscur où nous sommes abandonnés à nos rêveries sans consistance. On caresse la possibilité de la repentance d’une gouvernance criblée de déviances, à laquelle nous opposons des molles répliques de défiance. Ah si jamais j’avais su que cette terre vibrerait de tant de fausses intelligences, j’aurais choisi la folie avec toutes ces carences. J’aurais choisi de naître plus bête, plus stupide pour vivre d’amour et de fraîche inconscience. J’aurais choisi de poser mon baluchon au stade de l’enfance, pour mieux profiter de l’insouciance. Si seulement, oh oui si et seulement si j’avais pu avoir des dons de voyance et avec le Seigneur de fortes connivences, je lui aurais adressé cette question de mes compatriotes qui font les frais de son silence: qu’avons-nous fait pour mériter tant de maltraitances? En attendant sa réponse qui devra asseoir sa fragile défense, puisque pour de vrai on a dû fermer ma gueule et dégager, de là où momentanément mes bagages sont posés, j’ouvre ma gueule et j’emmerde !

Soulay Thiâ’nguel

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