SILENCE, ON CHASSE DU GUELLOUN !

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Cellou Dalein Diallo, les dents serrées

Mesdames et messieurs, bonsoir.

À la une de l’actu alitée, le chef de l’imposition des Rivières Perdues canardé. Le Foulë-gbéelii, dealer de la principale formation politique de l’imposition des Rivières Perdues, a été fâché avec une balle perdue et tordue ce matin, dans le quartier de la Moche-vue. Guelloun a été atteint à la tête, semble-t-il, par un gnome en uniforme qui aurait usé de son fusil de chasse avant de prendre la poudre d’escampette, sous les yeux des farces de désordre. La balle aurait transpercé le pare-brise du teuf-teuf, traversé le crâne chapeauté de l’imposant posé, avant de sortir par la lunette arrière. Le Président du Parti Des Gringalets Clairs prenait part à une manie-fesse-tension que lui et ses compinis avaient appelé pour protester contre la manière dont se fait l’intronisation des roitelets villageois. Au micro de nos cons de frères de la Télé-Bidon Nationale, le ministre de l’Infirmation a déclaré que « la balle a été tirée par un manifestant ».

Cette tragédie que les proches et militants du Parti des Gringalets, quant à eux, qualifient « d’assassinat » de leur dealer a vite empoisonné la ville et les réseaux sociaux. Aussitôt, les violences, qui étaient jusqu’ici localisées dans quelques endroits de la capitale, Cnakry-Saleté, se sont transportées dans d’autres quartiers de la ville. Les farces de désordre ont été les premières à faire les frais de la furie destructrice des manifestants. Plusieurs carrosses de police ont été calcinés, des polis-chier et gendarmes brûlés vifs. Les édifices publics n’ont pas été épargnés. Au moment où nous mettions sous stress, on dénombrait déjà plusieurs dizaines de trépas et des centaines de mökhö blessés.

Progressivement, d’autres villes du pays sont le théâtre de violences. Petit à petit, les affrontements qui avaient jusqu’ici des justifications poli-chics viennent de basculer dans des violences ethnos. Les populations se sont armées, qui de lames de bouchers, qui de pistolets rouillés, et écument les quartiers à la recherche de personnes d’ethnies différentes. Il faut rappeler que les discours de stigmatisation et d’exclusion d’un irresponsable religieux et d’une auto-risée traditionnelle avaient déjà amené à des affrontements aux relents de « c’est mon ancêtre qui a chié ici avant le tien ». Kî-idia, principale ville de la Basse-cocotte, a été le théâtre de heurts entre militants de l’imposition et de la mouv’avance, à l’occasion de l’installation du nouveau bouffeur de taxes locales. Certaines personnes avaient profité de ce différend politique pour instiller dans le coin des discours ethnocentristes qui ont débouché sur des attaques ciblées.

Aujourd’hui, la situation est devenue de plus en plus incontrôlable. Des milices privées, des groupes d’auto-détente se sont créés dans tout le pays. Utilisant le paravent de sécurisation des personnes et de leurs riens, ces sauveurs du dimanche sont plus des vandales, braqueurs affamés que des protecteurs ou de bons samaritains. Le pays s’embrase de plus en plus, pendant que des pseudo experts de la communauté internationale devisent dans les palais cossus et les plateaux de médias.

Les violences sont montées d’un cran ce soir, avec la découverte d’un char nié chez les mastiqueurs de singes. Vraisemblablement, il s’agit d’exécutions sommaires de tout un peloton de gorilles à coups de machette. Femelles, petits, viocs, légères et lourdes carcasses dont les corps s’empilent sur la place du village. Chez les brouteurs de koû kalama, c’est un exode de masse qui est en cours, où tout le monde fuit tout le monde, parce que chacun est persuadé que c’est l’autre qui est le bourreau. Chez les bouffeurs de djâbërë des foulë gbéeelii ou en Basse-cocotte, le spectacle macabre est tout aussi insoutenable.

Les Rivières Perdues est l’un des pays les plus riches de la sous-région ouest Afrique-haine. Assis notamment sur les mines de la Boxe-schiste les plus convoitées dans le monde, le bled n’a pas pu profiter de ses richesses. Ces dernières années, depuis l’accession de l’imposant histo-rixe au pourboire, le coin est gâté, complètement gâté. Il est en croix à de perpétuelles crises politiques et sociales. Entre les revendications catégorielles et la corruption à fiel ouvert, la restriction des libertés et l’impunité, le bled a accumulé lentement mais sûrement tous les ingrédients explosifs de la guerre si vile. Pourtant, quelques voix se sont parfois élevées pour tirer la sornette de larme. Désormais, cette Rivière qui était promise à un avenir radieux fait les frais odieux de la folie et de l’irresponsabilité de ses dirigeants. Selon plusieurs observateurs, la violence qui règne est, incontestablement, à mettre au crédit de l’Etat qui n’a pas fait preuve de justice à l’égard de citoyens qui ont souvent perdu des proches ou des riens. Les militants du dealer qui vient de passer la larme à gauche, majoritairement de son ethnie, estiment avoir fait l’objet, ces dernières années, d’attaques et de meurtres ciblés. Cette liquidation physique de celui qui était perçu comme un imposant modéré, parfois même mou, a, comme il fallait s’y attendre, des conséquences désastreuses sur la stabilité du pays. À la pauvreté s’ajoute dorénavant une guerre si vile dont le peuple se serait bien passé. Le temps passant, les morts s’empilent. Comme le Libéria et la Sierra Léone ou le Rwanda, les Rivières Perdues n’auront pas su maitriser les pyromanes tapis en son sein. La passivité de ses élites a par ailleurs fortement contribué à les précipiter dans la conne-frontation. Il est temps que les dernières colombes se réveillent pour arrêter le feu. A défaut, les cendres même qui resteront de ce pays seront les flammes de demain, qui réveilleront les démons de la vengeance.

Mesdames et messieurs, merci de votre attention, et bonne suite de programme en notre compagnie.

Voilà mes sœurs, mes frères, le type d’infos que le monde pourrait écouter à notre sujet. Si l’on n’y prend pas garde. Si l’on ne s’arrête pas. Si on n’arrête pas cette dictature rampante qui se renforce tous les jours et divise les Guinéens. Depuis ce mardi 23 octobre 2018, tout le monde y va de son expertise balistique. Lorsque les uns ne sont pas dans le déni, les autres en font un sujet d’humour cynique. Mais, et si cette balle (si c’en était une) avait touché Cellou Dalein Diallo ? Et si cette pierre (si c’en était une) avait percuté le chauffeur conduisant une voiture submergée de gaz lacrymogène ? On me dira que je joue les oiseaux de mauvais augure. On me dira que je défends le leader de l’UFDG, parce que je suis son con-scellé en communication. Et je répondrais que je n’en ai rien à cirer. Parce que je ne donnerais à personne le droit de m’enlever mon statut de citoyen guinéen. Et je le dis haut et fort : Un homme, à lui seul, est la plaie de ce pays. Et quand on a une plaie qui gratte, qui pisse sang et pus, il faut la nettoyer. À l’alcool ou au mercurochrome, cette lésion qui pourrit doit être désinfectée et absolument, et complètement traitée. Et il est impératif de ne pas oublier que parfois le salut du corps passe par l’amputation du membre puant. Sinon, c’est toute l’âme qui est gangrénée. Et qui meurt. Et je vois d’ici qu’on me pisse que c’est la raison pour laquelle ils ont dû pour de vrai fermer ma gueule et dégager. Alors, je réponds que de là où mes bagages sont momentanément posés, je rouvre ma gueule et j’emmerde !

Soulay Thiâ’nguel 

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