J’AI DIT TERRE, GUINÉE-MÈRE !

0

Terre, j’ai dit terre. Terre-mère. Guinée-mère. Mon bol d’air. Terre, ma pulsion mère, que certains me voudraient rendre amère. Terre, j’ai dit terre, mon amour primaire, Guinée fière. Terre de mon père et de mes deux mères. Terre de mes sœurs et frères que je porte en bandoulière. Je pleure mon âme solitaire. Loin des cœurs solidaires de notre devise frappée sur le fronton de notre République prisonnière. Mon sommeil hanté d’images de tes enfants systématiquement au bord de la crise de nerfs. Je t’ai laissé derrière, préoccupé par une maladie que très mal je gère. A force de bousculer le petit peul qui se voulait débonnaire, son cerveau finit par se déglinguer sans en alerter sa conscience geôlière. Pourtant, du désespoir il en est pas le seul dépositaire.  De l’espoir du recul en arrière il veut pas en être consignataire.  Dans l’étoffe d’un ciel nettoyé de toutes les douleurs qu’on déterre, il veut inscrire le verset d’une espérance dont chaque citoyen sera le cerbère. C’est dans cette utopie première que devrait battre le cœur d’une Guinée pouponnière. Pour nos âmes en prières, j’en appelle à toutes les divinités des bois sacrés jusqu’aux silencieuses pierres…

Terre, j’ai dit terre. Permettez que je pleure ma Guinée-mère. Puisque finalement de par le monde j’erre. Puisque certains pensent que je me terre. Permettez que je reprenne leur mot mortifère puisque je ne peux me taire. Souffler le souffle de la souffrance d’un quadragénaire, perdu au fin fond d’une épilepsie et d’accusations des rejetons de Lucifer.  Dire mon manque de la scène du CCFG et des délires de mes théâtreux de pairs. Dire le silence du studio de Lynx FM et des jeunes journaleux comme Mohamed Bangoura que j’ai jamais laissé pépère. Dire le manque des classes de l’ISIC de Kountia face à mes étudiants que je provoquais dans des discussions régulières. Dire la chaleur de mon petit coin aux AG de l’UFDG aux côtés des hommes de médias que je taquinais de façon caricaturalement cavalière. S’il vous plait qu’on baisse un instant les paupières, afin que je revive ces instants de bonheur. Je vous prie de laisser silence se faire, afin que dans les replis de mes souvenances d’hier, j’aille puiser quelques flocons de délires aux côtés de toutes ces amitiés entières. Laissez-moi un petit moment remonter nos rues pleines de poussière et de cette gadoue immonde dont la Guinée est encore une des seules tenancières. Je vous supplie de me laisser rire un peu de nos bas-quartiers sans lumière et sourire de nos robinets aux relents de nos toits aux asséchées gouttières. Où es-tu terre-mère ? Quand t’es-tu dérobée de mes pieds Guinée-mère. Reviens-moi vite si tu tiens pas à ce que de mes crises je ne sois le fréquent gestionnaire…

Terre, j’ai encore dit terre.  Guinée terne terre mère. J’ai que toi vers qui tourner ma sale p’tite poésie que je voudrais salutaire. Je te veux un amour tentaculaire. Pour que de tous côtés il enfouisse toutes nos guéguerres. Je te souhaite un horizon pour un monde à la lumière moins réfractaire. Je te désire une meilleure chair de ta chair que certains de tes voisins dont la haine a fini par accoucher de sales p’tites hères. Je te rêve au sommet de la montagne d’un discours qui nous sert et non pas qui nous serre. T’es la mère qui se dessert sur la mer pour qu’on y largue toutes les cochonneries des langues de vipère. T’es l’heureuse douleur qui enfanta d’un peuple fier dans les bras d’un maître colon qui s’en alla vénere. T’es ma mère, par-delà l’espace qui nous sépare et qui me perd. Par-delà les complots des bandit-chefs qui empestent l’air, un jour le bravo finira caressé de la belle brise de l’Atlantique-mère. Donne moi le temps de me rabibocher le cerveau en remplaçant ses clignotants rouges par plus de vert. Alors nous nous retrouvons dans nos quatre espaces qu’on vénère : l’artistique et le médiatique, le pédagogique et le politique qui en disent long sur le sens de mon engagement « pour une Guinée unie et prospère ».

Terre, j’ai bien dit terre. Guinée-mère. Terre de mon père et de mes deux mères que je salue pour les valeurs qu’ils me enseignèrent. Terre de mes sœurs et frères. Je vous dédie, à tous et à chacun, ces lignes sincères. De la Haute à la Guinée côtière, de la Moyenne à la Guinée forestière, tendez les mains pour recueillir l’espérance singulière d’un compatriote pour qui vous êtes si chers. En espérant que ces mots vous trouvent plus à l’endroit qu’à l’envers (rires), je crois qu’il est temps que je ferme ma gueule et de je dégage !

 

Soulay Thiâ’nguel 

LAISSER UN COMMENTAIRE