Lettre d’un noble peul à son petit djakhanké

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Très cher Diakhabykè,

Mon petit,

Comme tu le sais, tout peul digne d’être ainsi appelé a son petit djakhanké. Son petit captif digne de toutes les cordes qu’on aura tissées et achetées. Son petit « djon » qui vit par la miséricorde de son maître attitré. Ainsi donc petit bedonnant djakhanké, toi même tu sais que t’es mon esclave familier, même si tu sembles aujourd’hui avoir très bien percé. Paraît que même désormais dans notre bled paumé, tu ferais partie des hauts perchés. Mais tu me connais, je ne crois pas aux sottises qui racontent qu’un djakhanké est très haut juché, dans un pays où les peuls pullulent comme des criquets. Si on t’a laissé ainsi « faroter », c’est parce que je me suis un peu détourné. Après tout mon petit intello égaré, pas de frivolité pour ma santé …

Mon petit djakhanké,

J’ai appris que t’as lancé dans notre trou de pays mille fois déchiré la semaine de la citoyenneté. J’ai cru observer quelque part sur notre téloche gangrenée ta tronche aux binocles écarquillés. Ouais, tu lisais un de ces discours bien huilés dont toi seul détiens le secret. Tu sais ce que chez toi j’ai toujours aimé ? Ou devrais-je déclarer ce que de tout temps j’ai adoré, c’est ton utopie et tes rêves absolus de faire de tes compatriotes écervelés des hommes et des femmes civilisés. Construire le citoyen au-delà des ethnies divisées et des cœurs violentés. Je revois nos heures de discussions dans ton bureau climatisé. Franchement, le monde d’aujourd’hui est tapissé de foutaises empilées. Sinon, comment un kötö djaaka peut se prélasser dans un cabinet super ventilé ? Comment fait-il pour rouler dans un carrosse frais ? Ou parler dans un IPhone que lui-même a pu s’acheter ? Alors que son maître se tape l’odeur des flatulences répétées des taxis retapés. Mais, comme aurait dit l’autre dont le nom m’a échappé, revenons à nos moutons avant qu’ils décident de se barrer. Ainsi, cette semaine qui a commencé, t’a-t-on vu partout bavarder dans ton gros français qui exige un dico à nos côtés. Tu causais de paix, d’unité et de citoyenneté. Il paraît que t’as organisé au palais une grande mamaya à cet effet. Ah, qu’est ce que j’aurais voulu être là pour te pincer afin de te réveiller. Te dire que tout ceci n’est qu’argent gaspillé. Que tout ce que tu vas nous raconter, entrera par une oreille déployée pour se tirer par une autre encanaillée. Et puisque moi je t’aime comme un fama devrait aimer son sujet, je t’aurais soufflé de tout arrêter. Parce que je veux pas te voir ainsi te dépenser sans penser…

Cher petit djakhanké,

Evidemment que tu sais que je suis entrain de jacasser ainsi pour te taquiner. Tu sais bien que j’aime pinailler pour t’embêter. Sinon jamais tu me reconnaitrais. Et moi j’aime bien quand avec mes grands sabots tu me vois arriver. C’est de cette façon que l’on revivifie notre amitié, notre complicité, notre proximité, au-delà de l’espace et du temps qui nous ont éloigné. Parce que qui aime bien, charrie bien. Alors, comme plus haut je te le disais, ton utopie est pour moi sacrée. Comme tu le sais, toi et moi nous avons en partage cette conviction enracinée que notre pays mérite plus d’unité, que notre peuple devrait aspirer à plus de fraternité, que nos concitoyens (comme t’aimes tant à le répéter) devraient plus se tolérer et s’accepter pour construire et consolider une démocratie apaisée. Chaque fois que nous nous sommes parlés, que le temps soit court ou allongé, nous nous sommes évertués à nous taquiner, à nous projeter dans un pays où les frontières ethniques tomberaient, afin qu’autour de nous on puisse élever des âmes citoyennes dans toute leur diversité et dans toute leur densité. Puisse cette semaine que t’as initiée servir cette idée. Que nos compatriotes puissent saisir toute l’essence et la valeur de cette démarche que t’as portée. Que demain dans le firmament étoilé ton nom s’inscrive comme celui qui aura contribué à faire accoucher ici du citoyen qu’on a tant recherché. Même si entre nous on doit se l’avouer, la lutte reste encore dure à mener.

Mon cher petit djakhanké,

Enfin je peux te dire que ton grand maître peul que je suis peut crier partout sa fierté. Tu sais bosser et dans ce bled où les gouvernants sont mal aimés t’as pu à contre-sens rouler. Fais juste attention aux chauffards qui jonchent le pavé et à la flicaille corrompue qui sait pas par quelle main arnaquer. Et puisque dans ton programme que t’as diffusé, t’as demandé que le samedi chacun pose son propre acte de citoyenneté,  moi voilà ce que j’ai décidé : ce samedi tu seras affranchi petit djakhanké. De tes liens je me suis finalement résolu de te libérer. De tes chaînes je vais te débarrasser. J’ai compris ton plan plutôt bien concocté. Tu voulais que je te rende ta liberté. Et j’avoue que tu l’as bien mérité. C’est pourquoi je vais pas tergiverser. Je sais qu’à peine t’auras fini de lire ces lignes stupidement inspirées, que de « petit salopard » tu vas me traiter. Donc, après très sincèrement mes félicitations que je m’empresse de t’adresser, très rapidement je ferme ma gueule et je dégage.

Soulay Thiâ’nguel

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