MOI AUSSI JE SUIS D’ICI!

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Moi aussi, mon frère, ma sœur, je suis d’ici. Malgré ton regard de mépris, saches que je suis d’ici. Malgré ta volonté de me voir banni, dans cette terre moi aussi mon nombril est enfoui. Malgré le fait que tu veuilles que je te fuie, à ton grand regret je te suis. Cette terre nourricière que je n’ai pas choisie est aussi mon pays. A chaque seconde de ta vie, ton seul bonheur est de me voir bouffer les pissenlits. Tu veux te réveiller par ton matin béni, qu’on t’apprenne que je suis parti. Que je suis fatigué de tes injustices et de tes actes de barbarie, de tes pactes sauvagerie. Que j’ai plié mes bagages salis, un salut, simple salut t’aura suffit. Que j’ai décidé de tourner le dos à tes flatteries qui marquent mon histoire de tes agissements impies. Que j’ai dû abdiquer devant tes actes restés trop longtemps impunis. Que j’ai décidé d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte et les fleurs moins meurtries. Que j’ai renoncé à ce que nous avons en partage legs de nos ancêtres bénits.

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Mais, je ne te donnerai pas cette satisfaction mon ami. Parce que malgré mon silence de soumis, de proscrit, moi aussi je suis d’ici. Cette terre fut aussi arrosée jadis du sang de mes ancêtres chéris et sur nos communs terrains de bataille ils ont gi. Hier encore c’était ici que mes frères versaient ce même sacrificatoire qui nous lie. Si tu ne veux pas me reconnaître ma place à notre table bien garnie, alors mon frère tant pis! Parce qu’incontestablement je prendrais ma part fleurie, puisque moi aussi je suis d’ici.

Je sais que tu ne m’offriras ma place juste puisque t’es gentil. Il me revient de l’arracher par la hargne de mes ongles et de mes dents de douleurs pétris. Patiemment, péniblement, humblement, mais sûrement, avec une détermination inouïe, je creuserais de toutes mes forces que tous les jours je densifie. J’en ai assez de tes paroles qui me renient. De ta sournoiserie qui me dénie. De tes saloperies qui me fusillent. De tes conneries qui me terrifient. De tes théories qui me bannissent hors des murs de notre maison commune que moi aussi de mon sang je sanctifie. Je te gueule maintenant et ici que la coupe est pleine, bien pleine mon ami.

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Ce que j’ai obtenu ici est à la sueur de mon front qui sous l’ardent soleil luit. Personne ne m’a rien servi juste parce qu’on aime ma tronche polie. Où étais-tu quand j’arpentais nos rues poussiéreuses pour cirer les godasses mille fois salies? Où étais-tu lorsque je vendais mes sacs plastiques sur les trottoirs échaudés de notre capitale qui cuit? Où étais-tu cher frère frappé de jalousie quand je me privais de tout parce que dans le futur j’investis? Où étais-tu quand je récurais les marmites des blancs-becs par des plonges infinies ? Où étais-tu pendant mes nuits blanches à livrer bataille avec mon petit esprit, pour lui faire gober des théories communicationnelles génialement farcies ? Je te demande où t’étais quand je tétais la galère qui me fixait de son regard impoli. Je veux savoir à quoi tu jouais, pardi, quand je m’appliquais à l’école, tout petit. Et aujourd’hui, je veux grimper une marche de plus dans mes envies, t’y vois un délit pour me cantonner à ce qui me réussit? Sous prétexte que j’ai ce que ma sueur a produit, sous le soleil de midi comme dans les ténèbres de la nuit, tu voudrais que je renonce à ce que de plus me grandit?

Tu serais bien heureux que je rentre la queue et que je file tel un petit bâtard maudit. Mais non! Mon frère, souffres que je relève ton défi. Que je te défie, pas parce que je te veux cuit dans un mal infini, mais parce que moi aussi je suis d’ici. Moi aussi pour ce droit je risque le pari. Il y a trop longtemps que tu murmures ta fallacieuse théorie qui me nie. Il y a bien trop longtemps que de moi tu fais fi. Bien bien longtemps que tu ne veux pas que je brille. Alors, permets que je pisse à la raie de la négation de ma citoyenneté qui exprime ta folie, éclaire ta jalousie, démultiplie tes inepties, conforte et fortifie mes utopies. Je n’ai pas de soldats à t’opposer frangin honteusement aigri. Ni de justice injuste que tu m’as servie. Je n’ai pas d’armée pour t’imposer la volonté que je nourris. Ni de juges à la robe entachée de verdicts avilis. Mais je ne lâcherais pas pour autant mes droits de fils insoumis de cette terre branlante qui en appelle à mes appuis. Ceci, je veux que tu te le tiennes pour dit!

Hier, j’ai accepté qu’à l’écart tu m’aies mis. T’as profité de ma frilosité pour me jeter dans un puits. Mais demain est un autre jour qui me sourit, mon ami. Je n’ai pas de revanche à prendre sur toi frère qui me veux en charpie. Juste te faire comprendre que le progrès est plus aisé lorsque nous sommes unis, pas arbitrairement punis. Que chacun se sente chez soi pour apporter de sa lumière dans notre lugubre abri, notre terrifiant ennui. Que nos cœurs résonnent de plus d’harmonie, qu’ils s’éloignent de ces diviseurs bruits qui nous terrifient, nous horrifient, nous mortifient. Je te parle ainsi, parce qu’à mon corps défendant moi aussi je suis d’ici. Je suis d’ici j’espère que tu l’auras bien compris. Autant le comprendre et arrêter tes basses philosophies. Parce que je ne suis pas prêt de te laisser te débrouiller tout seul face à cette horde de vampires et de zombies. Même si à un moment je suis parti, sache qu’un matin je reviendrais c’est promis. Espérant que t’as compris que je ne me suffirais pas du strapontin et du destin que tu m’as choisis, que je suis déterminé à refuser cette discrimination que je subis, que je suis résolu à ne pas courber l’échine de façon indéfinie, que je refuse que tu me confines dans ton foutu réduit, que face à tes beuveries, je ne resterais pas éternellement démuni, que nous devons partager ce qui est à partager si tu veux pas que nous soyons partagé et désunis, que cette ultime revendication est un projet qui me séduit, pour l’instant, puisque pour de vrai tu as dû me fermer la gueule et dégager, de là où momentanément mes bagages sont posés, j’ouvre ma gueule et j’emmerde !

Soulay Thiâ’nguel

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