Nouvelle-fiction : On est le 21 décembre 2020, le mandat est terminé !

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Alpha Condé, président Guinéen

L’alternance attend en bas des escaliers pour une passation de service avec le pouvoir sortant. Mais y a un petit entêtement. L’opposant historique devenu président hystérique comme le dirait Zurgah, ne veut pas céder. Il teste le peuple. Il veut savoir s’il va résister. Si le peuple va reprendre son destin en mains ou s’il va continuer de suivre un vieux qui à peine peut s’arrêter. Sa voix est devenue moins audible. Il utilise un vocodeur pour se faire comprendre. En conseil des sinistres, les tâches sont distribuées. Chaque ministre doit aller dans sa localité pour chanter les louanges du président, convaincre les moins durs, corrompre certains et réprimer par tous les moyens possibles ceux qui s’entêtent. Acheter la conscience du pouvoir local dans les districts, sous-préfectures, préfectures et régions. Persuader les plus réticents par l’argent du contribuable. Faire campagne avec les impôts payés par un peuple qui croupit dans la misère totale.

Un mouvement est né. La société civile est revivifiée, un vent de protestation souffle sur le pays, un vent violent, un vent qui est si fort qu’il menace tous les promoteurs d’une présidence à vie. Celui qui a soufflé en Algérie, au Soudan, au Burkina souffle sous nos tropiques. Un front est désormais initié, ou est dressée une frontière pour les  mandats exagérés. Il y a un groupuscule d’idiots qui voient que le président est désormais à l’image de Bouteflika mais il continue à le soutenir parce qu’il a des intérêts à sauvegarder au détriment de la vie du peuple. Celui qui autrefois utilisait des craies à sa portée a maintenant des décrets…il en fait un le matin, un à midi et un le soir.

Pour avoir un poste : facile. Dites simplement : président, après toi c’est toi et avant toi, il n’y avait personne. Tu es invincible, immortel…Tu es celui qu’il nous faut. Où étais-tu caché ? Ce peuple avait soif d’un chef comme toi. C’est par pitié que Dieu t’a envoyé à nous, on doit en profiter tant que tu vis. À l’opposé, il y a ceux qui crient : il doit partir, il doit partir…mais le président fait le sourd face aux cris du peuple, il fait comme s’il n’entendait pas. Il est tellement têtu qu’il veut forcer la main au destin pour lui arracher une chance qui n’était pas prescrite dans son petit livret de terrien. Il ne veut écouter que la majorité silencieuse. Dites-moi comment des muets peuvent-ils bavarder ?

Quelque chose d’étrange se passe. Le vieux têtu connaît une expérience de mort imminente. Il rencontre Conté dans son voyage. Ils eurent une conversation.

-Tu n’avais pas dit que j’étais un dictateur, que je réprimais les manifestants, que j’encourageais la corruption…tu m’as traité comme la peste. Mais dis-moi, sommes-nous différents ? Non ! Ou bien oui ! Nous sommes bien différents parce que moi, je n’ai pas institutionnalisé l’ethnocentrisme. Je n’ai pas défavorisé une région par rapport à une autre. J’ai toujours défendu le pays dans sa totalité. Le peuple s’est trompé sur ton cas, il a pensé que le fait que tu sois instruit suffisait. Il oubliait que tu n’as pas ’’ l’intégrité’’ tant souhaitée pour sortir ce pays du merdier que tu dénonçais. C’est comme si, toi qui te réclamais victime, es aujourd’hui le bourreau. Intriguant ! Comme les rôles changent. Surtout, tu as critiqué pendant tout le temps la gestion des élections en Guinée mais enfin tu as eu en ton règne la CENI la plus incompétente de l’histoire. Tu es devenu le sanguinaire que tu redoutais, le corrompu que tu fuyais, le fanfaron que tu corrigeais. Drôle hein comme les choses ont totalement pris une ancienne-nouvelle tournure avec toi. Tu es un espoir raté, je me moque de toi, j’aurai voulu être présent pour te rappeler tout ce que tu racontais sur moi.

-Je suis mort ou vivant. Je dois retourner à Sekhoutoureya. J’ai des papiers à signer. J’ai un contrat gré à gré à céder. Je refuse de croire que je converge avec un mort. Je refuse de croire que je ne suis pas à mon palais. Je refuse…

On Se Tourne Vers Dadis à présent 

Et tout d’un coup, il se réveille comme s’il venait de sortir d’un long sommeil, le président par excédent. Le lendemain, il fait un cauchemar. Dans son rêve horrible, il voit dès cadavre. Y a un parmi eux qui le marque. Un, qui l’attrape par la main et lui demande d’arrêter de le faire souffrir, de ne pas faire subir aux autres ce que lui a subi. Il se réveille, avec sueur qui coule de partout. Il appelle directement Dadis.

-M. Le président, c’est moi. Je voudrais savoir comment vous faites pour vivre après ce qui s’est passé le 28 septembre alors que vous assuriez la transition ?

-Actuellement, je ne sais pas par quel miracle mais tous ces cauchemars qui me hantaient se sont dissipés. Aujourd’hui, la seule image qui me revient, c’est la façon dont j’ai été traîné en Guinée pour assister à la mort de ma mère. Par quelle humiliation, j’ai pu arriver en Guinée pour assister à la cérémonie funéraire. C’est cette image qui aujourd’hui, défile dans mon cerveau sans cesse. J’essaie mais ça, je n’arrive pas à m’en débarrasser. Vous savez que je ne peux pas aller au pays. Je me demande ce qui me retient ici, je représente quelle menace pour vous au point que je ne puisse pas regagner mon pays. Je suis ce prisonnier qui n’a jamais été jugé, parce que condamné à l’avance.

…le téléphone a soudainement été raccroché.

-Allo ! Allo ! Allo !

Plus personne ne répond. Le président par excédent ne veut plus écouter les reproches. Il préfère se concentrer sur son projet de nouvelle connerie institutionnelle. Modifier les lois en sa faveur. Confondre le pays à sa personne. Désormais, tous est personnalisé. Tous les projets, tout ce que fait le pouvoir public. Le ministre de la communication lit les communiqués du président avec un air joyeux. Il critique l’opposition et la société civile. Il impose à la télévision d’Etat de faire une propagande pour le pouvoir. Les contre-pouvoirs sont assumés. De fausses infos sont diffusées. Les faibles dans la lutte sont épinglés par des affaires de sexe tapes, ils ne peuvent plus parler. Le peuple est dans l’embarras. Il ne peut plus démêler le vrai du faux. Il ne sait plus quel sein téter, à quel saint faut-il se vouer. Il est perdu. Entre une prorogation de mandat, comme cela a été fait avec celui des députés et le fait de dire non aux intentions du président, le choix est étriqué. Les dés sont jetés mais sont déjà truqués.

Le 22 décembre, le président annonce dans un communiqué qu’il va organiser un référendum pour recueillir la pensée du valeureux peuple de Guinée. Il veut savoir ce que le peuple veut. Il zappe déjà la constitution sur laquelle, il a déjà juré. Il se met en poche quelques juristes avérés et leur trace de nouvelles directives : empoisonner l’intelligence guinéenne. Mais tous ces gens vont échouer. Le peuple n’écoute plus le journal parce que ne croit plus à un mot qui passe par les ondes maléfiques de quelques journaleux achetés. Tous les journalistes d’investigation sont en ce moment précis en taule. Des sites sont fermés par la basse autorité de la complication. Des télévisions suspendues pour faute grave dit-on. Les seuls médias qui restent sont les laquais cireurs de bottes. Des intellectuels exilés, d’autres exécutés sur les places publics. Tout ça, pour soutenir un troisième suicide, après deux ratés. Le peuple commence à se questionner. Référendum là même, c’est quoi ? Certains disent qu’ils n’ont jamais entendu parler de ça, que c’était une première pour eux. Comme tout était préparé, les rumeurs de l’incompréhension du message sont partis jusqu’à Sekhoutoureya. Le président organise une conférence de presse pour éclairer la lanterne du peuple sur la question. Les gens sont invités. Des journalistes, des diplomates, des sages, le peuple mal représenté y était. Parce ceux qui y étaient, ont été choisi sur des bases bien déterminées. Le président prend la parole.

-Chers compatriotes. Pas besoin de faire une formule d’introduction ou vous saluer. Le temps est cher, allons droit au but. Parlons de ce pourquoi j’ai initié cette conférence. Normalement, mes deux mandats sont terminés mais j’ai commencé des choses que je voudrais terminer. Il y a des projets que j’ai amorcé qui ont besoin de 5 ans ou plus pour être réaliser. Je viens vers vous par ce référendum pour demander si vous êtes prêt à repartir avec moi, pour le meilleur et pour le pire. Cette fois-ci, c’est la bonne. On ne va pas seulement atteindre le point d’achèvement du PPTE ou la construction de deux barrages qui aujourd’hui donnent l’électricité au-delà du pays. On va transformer tout le pays. Si vous m’accorder le temps nécessaire, vous verrez que tous les pays de la sous-région vont envier l’avancée que nous aurons faite.

Il continuait à parler, à dire des choses qu’il avait déjà dites. Les gens qui regardaient à la télé, ont zappé la chaîne un par un. Ces partisans même qui étaient dans la salle, comme le discours devenait long et creux commençaient à afficher les signes de fatigue. Ils soutenaient le vieux pas parce qu’ils étaient sincères mais parce qu’ils savent qu’après le vieux, ils n’ont pas d’avenir politique. Constatant, l’état de la salle, des gens qui sortaient, d’autres qui faisaient des va-et-vient lors de son discours. Il s’est énervé.

-Je n’aime pas cette attitude. Vous êtes des lâches. Vous venez me soutenir après pour vous moquez de moi. Vous n’êtes que des égoïstes. Des gens qui ne s’intéressent uniquement à ce qui peut les arranger. Je vais renouveler mon équipe. Je cherche un nouveau bras droit, de nouveaux collaborateurs qui me seront dévoués. Dès demain, je lance un appel d’offre pour recruter de nouveaux travailleurs à vos places et vous irez tous croupir en….en…en…en…

La phrase n’était pas terminée et le vieux est tombé d’une crise de colère. Il a été aussitôt envoyé à l’hôpital le plus proche. Les plus grands médecins du pays se sont libérés pour s’occuper de lui. La CPI a vite affrété un avion pour son évacuation mais malheureusement, il est décédé alors qu’on le transportait pour les Pays-Bas afin d’être soigner. Quand le peuple a appris la nouvelle, tout le monde affichait un air triste. Tout le monde était au fond content d’être débarrassé d’un président  qui commençait à être paranoïaque. Le peuple pensait à une aubaine quand l’armée a encore pour une nième fois fait un coup de force. Les mêmes scénarios se répètent sous les tropiques au soleil torride. Et le poète perdit le fil de son inspiration pour retomber dans le romantisme.

Man Critique

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