PEUPLE, BOUGE-TOI LE CUL !

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Soulay Thiâ'nguel

Jusqu’où allons-nous continuer à la fermer ? Allons-nous continuellement accepter de nous faire assassiner ? Ce Président mérite-t-il encore de nous diriger ? Combien de temps continuera-t-il à garantir aux assassins l’impunité ? Son silence est tacitement un permis de tuer. Une autorisation de trucider. Agréer que notre sang soit versé. La Guinée depuis huit années pleurent ses enfants éliminés par des bidasses déglingués. Le Commandant en chef des farces armées ne se fout pas mal des âmes fauchées. Ça ne l’empêche pas de pioncer et de ronfler. Qu’avons-nous fait au Seigneur pour mériter une telle indifférence à nos larmes coulées ? Aucune compassion pour les pleurs qui grondent dans la cité. Aucun regard de pitié face aux lamentations qui fusent de tous côtés. Aucune minute de piété pour accompagner l’affliction dans nos quartiers. Qu’avons-nous commis comme péché, pour être les sujets d’un chefaillon perché à la cime ténébreuse de notre République piétinée et écrasée ? Nos ancêtres n’avaient-ils pas suffisamment donné de leur sang pour garantir notre tranquillité ? Les anges ne transmettent-ils pas le message du peuple opprimé ? Pourquoi Dieu fait-il la sourde oreille lorsque nous lui élevons nos prières dégueulées ? Qu’attend-il pour enfin nous libérer, nous débarrasser de ces chaînes des enfers oubliés ?

Port bradé. Millions volatilisés. Millions interceptés. Lois bafouées. Constitution méprisée. Président de Cour constitutionnelle débarqué. Guinéens gazés. Guinéens liquidés. La liste des douleurs infligées n’a de cesse de s’allonger. Chaque jour apporte son lot de nécrologie auquel on a fini par s’habituer. Nous sommes résignés à nous laisser presser. Plus aucune once de fierté. Celle qui envoie chier toute velléité d’oppresser. Nous sommes devenus dans notre pays d’étranges étrangers. Ceux à qui s’imposent des règles qu’ils n’ont pas le droit de discuter. Fais ce que je te dis et ferme ta gueule affamée. Faim de justice et de liberté. Faim de sécurité et de quoi bouffer. Faim d’eau et d’électricité. Ouvre la gueule et tu boufferas les balles zélées. Ouvre la gueule et tu laperas la précarité. Ouvre ta foutue gueule et tu avaleras ta langue infectée. Tu finiras au trou ou exilé, ou aussi mort qu’une souri dans une piaule arrogamment dératisée. Ainsi va la Guinée. Président qui n’en a rien à secouer de son peuple efflanqué. Ministres aux bedaines insolentes de nos deniers détournés. Forces de l’ordre à la gâchette excitée et au lacrymo agacé. Peuple aspiré par la fatalité, attendant que Dieu vienne le protéger. Flanqués sur l’asphalte de nos abdications épuisées, nous courbons l’échine pour qu’on continue à nous lacérer. Il n’y a plus aucune décision de se révolter, aucune détermination de gronder. Juste un cœur flasque qui ne respire que pour être encore plus essoré. Et il l’a bien compris le patron que ces ombres n’ont plus la fierté de se laver, de se lever, de se relever pour récupérer ce qu’elles lui ont confié. Qu’il peut les malaxer, les triturer, les torturer, les tuer. Personne n’aura les burnes de se rebeller. Alors, on peut les défoncer.

Silence, nos âmes consument au creux de l’enfer attisé. Silence, nos cœurs et nos corps se défient d’obséquiosité. Silence, nos espérances se décalquent dans l’obscurité. Elles sont ratatinées. Vas-y Président, fouille, farfouille, souille, rouille nos vies qui ont déjà abdiqué. Creuse dans nos chairs ensanglantées et régale-toi de notre sang sanctifié. Éteint, griffe, gifle, mets en charpie tout espoir qui a le culot de pointer. Nous fermons nos gueules parce que le silence est tout ce que nous avons à donner. Nous l’avons mérité. Parce que nous t’avons débilement préféré. Nous t’avons choisi alors que tout indiquait que tu n’es pas l’homme dont le peuple avait rêvé. Tu as empilé mépris et insolence depuis tant d’années et jamais nous n’avons eu le courage de réclamer une ligne de respect. Tu peux continuer. Lâche-toi et poursuis cette descente aux enfers que tu as décidée de nous infliger. Il n’y a pas homme à résister. Nous t’offrons notre viande et la lame pour jouer les bouchers. Nous l’avons mérité. Parce que tous nous avons renoncé.

Nous sommes assis sur un trottoir malfamé et nous quémandons ce qui est notre commune propriété. Nous tendons les mains lépreuses et nos sébiles creuses en espérant une goutte de ta fichue bonté. Nous chialons notre destin fouetté. Nous pissons dans nos frocs usés par la précarité et nous attendons que Dieu vienne nous délivrer. Comme si lui n’avait rien d’autre à foutre que de se préoccuper d’un peuple à qui il a déjà tout donné. Il nous a planté au cœur d’un Eden ressuscité et nous ne sommes même pas fichus de le fructifier, de le mettre à l’abri des rejetons du diable détraqué. Au contraire, nous avons ouvert notre paradis à Lucifer et à son engeance de zombies pour nous vampiriser. Con peuple assis sur des mines qu’il se fait dérober en pleine journée.

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Mais, mais je garde l’espérance qu’un matin tout ceci sera terminé. Qu’un matin bleuté, nous sortirons de notre torpeur pour planter la dague de liberté dans les entrailles de ceux qui nous ont spolié. Quand ils hurleront leur supplice suppliques de leurs âmes damnées, alors s’élèvera en moi ce chant d’utopie inspiré : Il est temps, c’est le temps de l’expiation. Il est temps, c’est le temps de la purgation. Il est temps, c’est le temps, voici le temps de la rédemption. C’est notre temps, temps de la Révolution. Révolution que tous nous attendions. Fini, enfin fini le temps des crispations. Volatilisés nos deuils à répétition. Dans nos maisons en désolation. Dans nos concessions de concussions. Révolu, révolu le temps de nos convulsions. Oublié, oublié le temps de nos crispations. Terminé, terminé le temps de nos détestations. Achevé, achevé le temps des profanations. C’est fini, oui fini ces moments de perdition. Adieu aux douleurs en perpétuation. Ces perpétuelles malédictions. Dans une Famille palpitant de corruptions. Arrivé, enfin rivé sur le temps des célébrations. De nos cœurs en émotion. De nos corps en communion. Sur les cendres d’un passé de perdition. Mais temps, oh oui temps de l’expiation. C’est une nouvelle page que nous écrivons. Page d’espérance et de libératrices confessions, pour écrire en lettres d’or les psaumes de l’émancipation, de la libération.

Soulay Thiâ’nguel

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