Planification familiale : une affaire de couple, réduite en affaire de femme

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Les femmes Guinéennes sont délaissées par leur conjoint et la société dans la planification familiale.  Elles sont souvent obligées de se cacher pour utiliser un moyen de contraception en vue d’une meilleure vie tant sur le plan physique, psychologique que sur l’évolution de leur carrière. Du début jusqu’à la fin du processus, elles se retrouvent seules. Pourtant elles sont loin d’être les seules concernées.

Entrée centre médical communal de ratoma

Adama Hawa a débarqué tôt  au centre médial communal de ratoma ce matin, avec son bébé dans les bras. Elle vient de se faire poser un implant, pour cinq ans dans le dos de son mari. Elle  se dit consciente des risques  à courir quand son  mari découvre ce secret. Mais il faut qu’elle reprenne sa vie en main et qu’elle espace les naissances pour mieux éduquer ses enfants. « je ne peux pas risquer de faire un autre enfant. J’ai besoin de me réposer pour un moment et récupérer sur le plan physique et moral. Si mon mari le sait, il pourrait me chasser mais il faut que je prenne le risque sinon je suis foutue, j’en suis bien consciente mais qu’est-ce que vous voulez. Je n’ai pas le choix » lâche-t-elle.

Le cas de cette  dame de 35 ans est exemple parmi tant d’autres. La plupart des femmes qui viennent pour une contraception arrive seule et surtout avec une volonté de se cacher de leur époux. Comme si elles étaient les seules concernées. « la plupart des femmes qui viennent ne viennent jamais avec leur mari. Il y a beaucoup qui viennent et qui ne veulent pas que les maris soient au courant. Les maris n’acceptent pas que leurs femmes se planifient. C’est ainsi qu’elles viennent seules sans leur mari. Elles me demandent comment elles peuvent faire pour ne pas que leur  mari soit au courant. Je vois en elle qu’elle a très peur ».

Ester Kolié chargée de la planification au CMC de ratoma

Pour mieux les aider, Ester Kolié, chargée de la planification familiale au centre médico-communal de ratoma, leur recommande d’inventer une maladie le temps qu’elles portent le bandage « je leur dis ; arrivée à la maison, dis que tu n’es pas bien portante, comme ça il ne te touchera pas et il ne saura pas que tu as un bandage. C’est quand il te touche, il va savoir si tu es malade ou pas. Il faut faire semblant d’être malade pour les trois jours de pansement ».

Quel est le profil de ces femmes dans le besoin de se cacher ?

Il y a plusieurs types de femmes. On serait tenté de croire qu’elles sont analphabètes, mais non il y en a qui sont instruites, mais sous la pesanteur sociale, elles ne peuvent vivre leur féminité à l’égard des jugements de la société « il y a beaucoup de femmes intellectuelles qui viennent à l’insu de leur conjoint. Elles ont un bon travail et donc elles ne peuvent se permettre un autre enfant. Donc elles se cachent et le font ».

L’implant est le type de contraception le plus en vogue dans le pays. Il est  discret et a moins d’effets secondaires « il n’y a pas d’oubli avec l’implant et moins de risque de se faire attraper. Quand tu places, tu es tranquille pour cinq ans ».

Les différents tarifs pour les types d’implants sont affichés sur une armoire dans le salle où se font les planifications

Pour ne pas se faire attraper certaines mères sont capables de demander des choses inimaginables « une fois, une femme intellectuelle m’a demandé de raser une partie de ses cheveux et d’y mettre l’implant pour ne pas que son mari le voit du tout. Je lui ai dit que je n’ai jamais placé là-bas. Il faut faire ce que tu connais. Elle avait 7 enfants à 38 ans. Son dernier a quatre. Elle a fait deux ans au village chez ses beaux-parents sinon elle serait tombée enceinte depuis longtemps. C’est compliqué avec certains ».

La mauvaise interprétation de l’islam ne joue pas en faveur des femmes.

Dans un pays composé  de 90 % de musulmans, beaucoup de personnes ramènent tout à la religion sans même avoir lu le coran. La moindre petite chose, on évoque l’islam parfois de façon erronée.  Ce prédicateur apporte des précisions « ce qui est surtout interdit c’est dire que je prends des produits pour ne plus faire des enfants. La femme peut utiliser un moyen de contraception en se référant aux conseils d’un gynécologue. Ce qui pousse surtout les hommes à refuser cela c’est l’ignorance et la jalousie. Beaucoup pensent que si leurs femmes utilisent un moyen de contraception, elles vont s’adonner à la débauche. La religion ne l’interdit pas du tout. Il faut savoir se référer à un médecin ».

Les femmes sont unanimes que les méthodes de contraception leur sont d’un apport considérable. Elles gèrent en même temps foyer et carrière mais tout ça à l’insu de leur conjoint qui  le plus souvent refuse d’entendre parler de planification. Pourtant ils devraient participer et apporter une aide financière et psychologique pour l’épanouissement de leurs partenaires dans les bons et mauvais moment. Elles représentent plus de 50% de la population. Améliorer leurs conditions de vie, serait améliorer les conditions de vie de toute une Nation.

Diami-latouuri

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